Un cours de design en permaculture peut-il devenir un espace d’apprentissage, de rencontre et de coopération entre des personnes aux parcours très différents ?
Ce retour d’expérience raconte une formation solidaire organisée à Marseille avec l’association EKO!, réunissant des personnes exilées et des participantes et participants français. Il ne prétend pas parler au nom du groupe : il partage ce que cette expérience a déplacé dans notre manière de former.

Créer les conditions de la rencontre
Le programme suivait les bases d’un cours de design en permaculture : observation, éthique, principes, lecture des écosystèmes, outils de conception et réalisation d’un projet collectif. Mais la réussite ne dépendait pas seulement du contenu transmis.
Les repas préparés et partagés, les temps d’accueil, les cercles de parole, les moments informels et la fête ont participé pleinement à la formation. Ils ont permis au groupe de se constituer, de créer de la confiance et de faire circuler les savoirs au-delà des rôles de « formateur » et « apprenant ».
Multiplier les portes d’entrée
Lorsque les langues, les expériences scolaires et les références culturelles diffèrent, une longue explication orale ne peut pas être l’unique chemin d’apprentissage. Nous avons donc donné davantage de place à plusieurs formes de transmission :
- dessins, schémas et objets manipulables ;
- démonstrations et pratique de terrain ;
- travail en petits groupes ;
- présentation de projets devant les autres participants ;
- répétition des idées avec des mots et des exemples différents ;
- apprentissage entre pairs et traduction informelle au sein du groupe.
Ces ajustements n’ont pas appauvri la formation. Ils l’ont rendue plus concrète et ont souvent amélioré la compréhension de tous.


Une leçon essentielle
L’accessibilité pédagogique ne consiste pas à réduire les ambitions. Elle consiste à diversifier les chemins permettant à chacun de comprendre, contribuer et montrer ce qu’il a appris.
Reconnaître les savoirs déjà présents
Chaque personne arrive avec des compétences, des pratiques et une connaissance du vivant issues de son histoire. Certaines ne portent pas le nom de « permaculture », mais peuvent enrichir fortement la compréhension du groupe.
Cette expérience nous a rappelé que former ne consiste pas à remplir un manque. Il s’agit aussi de rendre visibles les ressources déjà là, de permettre leur partage et de construire des liens entre elles.
Ce que nous retenons
- L’accueil fait partie de la pédagogie. Le logement, les repas, le rythme et la sécurité relationnelle influencent directement les apprentissages.
- Les supports doivent être multiples. Parole, image, geste, expérimentation et récit ne produisent pas les mêmes accès au savoir.
- Le groupe est une ressource. Les participants ne sont pas seulement destinataires : ils traduisent, expliquent, questionnent et transmettent.
- Un projet concret rassemble. Concevoir ensemble oblige à confronter les idées, négocier et coopérer.
- La posture compte autant que la méthode. L’écoute, l’humilité et la réciprocité évitent de réduire la solidarité à une relation entre ceux qui donnent et ceux qui reçoivent.

Les limites de ce récit
Une expérience heureuse ne doit pas masquer les obstacles matériels, administratifs, linguistiques ou sociaux rencontrés par les personnes exilées. Elle ne fournit pas non plus une recette reproductible partout. Tout nouveau projet devrait être conçu avec les personnes concernées, les associations partenaires et les réalités locales.
Ce que nous pouvons transmettre avec certitude est plus modeste : lorsque les conditions d’écoute, de dignité et de coopération sont réunies, la diversité des parcours devient une ressource d’apprentissage pour l’ensemble du groupe.